Entretien avec trois CPAS belges
REDI Social aide les CPAS à contribuer de manière objective et équitable à la réalisation d'une vie digne pour leurs habitants.
C'est du moins ce qu'affirment les CPAS qui utilisent cette application web. Le déploiement du projet pilote fédéral sous l'égide du SPP Intégration Sociale a incité de nombreux CPAS belges à utiliser REDI Social pour déterminer les besoins des familles. Depuis mai 2025 et la fin de ce programme de soutien, 186 CPAS belges continuent à utiliser l'application web.
Curieux de connaître leur expérience, nos collègues Martine et Sin Mei se sont rendues dans trois CPAS au cours de l'été 2025. Elles se sont entretenues avec Inge De Kimpe, de l'administration fusionnée de Beveren, Kruibeke et Zwijndrecht, avec Ilham Ahalouche, du CPAS de Schaerbeek, et avec Muriel Devleeschouwer et Louise Denolf, du CPAS de Chaumont-Gistoux. Ces personnes utilisent l'application en tant que responsables des services sociaux ou assistantes sociales.
Dans l'interview, vous découvrirez en détail comment ces CPAS ont découvert les budgets de référence et REDI Social, quelle valeur ajoutée ils y voient et comment ils les utilisent dans leur fonctionnement. Dans la vidéo, Inge, Ilham, Muriel et Louise vous expliquent elles-mêmes comment leurs CPAS utilisent les budgets de référence.
Martine : Comment avez-vous découvert les budgets de référence et l'outil REDI Social ?
Inge (BKZ) : Cela faisait déjà longtemps que nos conseils d'administration s'intéressaient aux budgets de référence. Nous avons pris diverses initiatives en interne afin de concevoir une méthode d'évaluation équitable et claire, mais nous avons constaté que cela ne nous permettait pas d'obtenir les résultats escomptés. Nous avons pris conscience que nos formes d'aide individuelle servaient plutôt à éteindre des incendies et contribuaient à perpétuer la pauvreté. L'appel à subventions est vraiment tombé à point nommé pour nous. Le concept des budgets de référence était suffisamment mûr pour être mis en œuvre. De plus, le financement supplémentaire nous a permis de découvrir et d'explorer l'application web sans courir un risque important d'augmentation des dépenses locales.
Ilham (Schaerbeek) : Chez nous aussi, le projet pilote a permis que l'application soit utilisée à partir de 2024 par l'ensemble de l'organisation pour évaluer les besoins de nos bénéficiaires.
Martine : Comment avez-vous vécu l'utilisation de cet outil dans la pratique et quelle valeur ajoutée voyez-vous dans les budgets de référence dans votre manière de travailler ?
Muriel (Chaumont-Gistoux) : REDI Social soutient l’analyse de la situation et l’élaboration du budget, réalisées par l’assistante sociale lors de l’enquête sociale. Dans le cadre d’une demande d’aide, établir un budget fait partie intégrante de l’enquête sociale. L’encodage se fait directement par les travailleurs sociaux qui gèrent les demandes d’aide. Selon moi, la plus-value des budgets de référence est multiple. Le principal avantage est que l'application nous permet de déterminer de manière approfondie et équitable les besoins de la personne qui sollicite de l'aide. Ce budget permet d’analyser l’état de besoin de la personne. Ce que les budgets de référence apportent en plus, c’est une lecture élargie et plus complète.
Ilham (Schaarbeek) : Pour nous, l'application nous a permis d'avoir plus de certitude lors de l'octroi d'une aide. Depuis l’implémentation, l’octroi d’une aide sociale est beaucoup plus objectif. En fait, avant, on évaluait la pertinence d’octroi dès qu’un usager avait droit au RI. Lors de la première année de déploiement général, il n’était pas facile de dire aux usagers qu’ils n’avaient pas ou plus droit à une aide sociale, car avant l’octroi était presque un droit. Aujourd’hui, lors d’une demande d’aide sociale, il faut d’office un budget rédigé par REDI, autrement dit, c’est une exigence de notre politique interne et sociale. L’outil REDI nous a permis d’harmoniser l’octroi d’une aide sociale et d’être objectif vis-à-vis des usagers. C'est pour moi le principal avantage des budgets de référence et de l'application.

La plus-value des budgets de référence est multiple. Dans le cadre d’une demande d’aide, établir un budget fait partie intégrante de l’enquête sociale.
Muriel Devleeschouwer – Diensthoofd CPAS Chaumont-Gistoux
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Louise (Chaumont-Gistoux) : Ce que les budgets de référence apportent en plus, c’est une lecture élargie et plus complète. Ils intègrent par exemple des prévisions pour l’avenir : des frais d’ordinateur, la réparation ou l’achat d’un électroménager. Ils incluent aussi des postes essentiels pour participer pleinement à la société : les loisirs, les relations humaines…
Sin Mei : À la clôture du projet pilote, il n'y avait plus de fonds fédéraux pour financer l'application et accorder un soutien financier. Cela a-t-il eu une conséquence sur votre organisation ? Et comment avez-vous justifié la poursuite de l'utilisation de l'application ?
Inge (BKZ) : Nous avons réalisé une évaluation interne afin d'examiner les effets sur notre administration. Celle-ci a montré que nos ressources locales n'avaient pas besoin d'augmenter de manière spectaculaire et que nous réalisions parallèlement des progrès avec nos bénéficiaires. Il était alors évident que l'application et les budgets de référence avaient leur valeur ajoutée. Nous avons d'ailleurs constaté ces progrès dans différents domaines. Le fait que nous puissions désormais nous appuyer sur une base scientifique pour déterminer la situation de besoin, adaptée à chaque type de ménage, en est un. En outre, nous constatons une transparence et une uniformité nettement accrues dans les décisions. Enfin, nous avons mis en place un système d’aide sociale indexé sur le bien-être, sans devoir constamment inventer de nouvelles modalités.

Notre propre évaluation a montré que les ressources locales n'avaient pas besoin d'augmenter de manière spectaculaire et que nous progressions dans notre politique. La valeur ajoutée était alors évidente.
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Inge De Kimpe, assistante sociale en chef, maison sociale BZK
Martine: L'utilisation des budgets de référence et de l'application REDI Social modifie-t-elle quelque chose dans les parcours d'aide que vous suivez avec vos bénéficiaires ?
Inge (BKZ) : Cela demande un accompagnement et un engagement plus intensifs, tant de la part des usagers que des travailleurs sociaux. En tant que chef de service, responsable politique ou travailleur social, il ne faut donc pas considérer le recours à REDI Social comme une solution miracle à la charge de travail que nous subissons, mais plutôt comme un investissement qui portera ses fruits à long terme et contribuera à la lutte structurelle contre la pauvreté.
Sin Mei : Quelles nouvelles perspectives l'utilisation de REDI Social a-t-elle apportées ?
Ilham (Schaerbeek) : Comme nous l'avons déjà dit, REDI Social nous a surtout permis d'harmoniser et d'objectiver notre octroi d'aide au niveau interne. Auparavant, nous effectuions nos calculs sur la base des factures et des relevés de compte fournis par les bénéficiaires. REDI Social prend en compte tous les éléments nécessaires, y compris ceux à long terme, ce qui nous permet d'obtenir un calcul plus fiable. Cela allège la pression, ce qui nous permet, en tant que travailleurs sociaux, de nous concentrer davantage sur l'accompagnement de nos bénéficiaires. Avant de pouvoir nous appuyer sur un cadre d'aide harmonisé, les exigences administratives nous demandaient davantage d'attention.

Alors qu'auparavant, nous établissions un budget sur la base des factures et des relevés de compte que les gens nous apportaient, REDI Social nous aide désormais à prendre en compte tous les postes, y compris ceux qui se situent plus loin dans le temps.
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Ilham Ahalouche – assistant social, CPAS Schaerbeek
Muriel (Chaumont-Gistoux) : Ce qui nous a vraiment frappés et même surpris, c'est que même disposer d'un revenu professionnel ne suffit pas toujours à satisfaire les besoins fondamentaux. Que dire alors de la dignité humaine ? Les budgets de référence confirment, objectivent et démontrent la précarité qui touche une grande partie de la population. Ils mettent en évidence la fragilité des budgets familiaux et, par conséquent, la nécessité de continuer à offrir un soutien financier suffisant. Ils légitiment en outre l'aide sociale complémentaire. Et surtout, à mon avis, ils devraient servir de levier pour concevoir et développer des politiques plus sociales et plus justes.
Inge (BKZ) : Une application web reste une simple application si elle n'est pas accompagnée d'un cadre et d'une politique adéquats. Elle n'apporte pas en soi de réponse à ce que vous souhaitez atteindre. Votre cadre des conventions a été une révélation. Nous l'avons adopté en interne et nous travaillons à travers des objectifs concrets pour garantir un revenu décent à tous nos habitants. Les travailleurs sociaux de première ligne et les conseillers en matière d'endettement y participent également. Afin de maintenir ce cadre des conventions vivant et actuel, nous organisons des réunions mensuelles pour les travailleurs sociaux. Nous discutons de cas spécifiques, d'aspects programmatiques, de questions relatives à l'accompagnement d'un bénéficiaire ou des besoins actuels du groupe. Notre cadre des conventions n'est donc jamais définitif, mais se réinvente à chaque fois.

Notre cadre des conventions est donc un document dynamique : nous le mettons fréquemment à jour au sein du groupe de travail, sur la base de nouveaux cas, de connaissances nouvelles et de choix politiques ciblés.
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Inge De Kimpe, assistante sociale en chef, maison sociale BZK